samedi 18 juillet 2009

vendredi 17 juillet 2009

Jénine

Je reviens aujourd'hui même de Jénine où Sameh nous a invité. Il fait parti du groupe qui s'occupe des "internationaux" à l'université où il étudie les télécommunications. On l'a rencontré avec Enric lors d'une visite, proposé par l'université, d'un camp de réfugiés proche de Naplouse, Murayem Balata... 

 

Nous voici donc en vadrouille avec Enric, et Maria, une galicienne de Lugo, qui travaille à Ramallah, comme coordinatrice de projets d'une ONG.

Manque de pot, j'ai oublié l'appareil photo, c'est dommage car il y avait de quoi faire : les murs de la ville sont criblés de balles, c'est assez impressionnant. 

Le camp de réfugiés Jenin Camp, fut lors de la 2ème intifada, le bastion de résistance du Nord de la Palestine. ----Wikipédia----

Voici un documentaire de 50 minutes pour ceux que ça intéresse. C'est partisan, mais ça film des faits bien réels.



Ce camp est composé des populations du Nord et de l'ouest de Jénine passés Israéliens en 1948. En général les camps, c'est un peu les quartiers chauds à Jénine, comme à Naplouse. Et c'est aussi là que naisse les rébellions (qui est donc un rébellion populaire). Ce sont par conséquent, des endroits surveillés de très près par les troupes israéliennes, toujours aujourd'hui, avec de fréquentes intrusions la nuit...

Durant l'opération "Defensive Shield"(Remparts) en Mars -Avril 2002, de nombreuses troupes furent envoyés pour faire tomber la résistance. Ce qui devait durer 24 à 48 heures, fut un bourbier de 14 jours, pour les Israéliens. Pour en découdre, il fallut avoir recours à 400 chars (Chiffres de Sameh, un brin chauvin !). 400 chars contre... les 23 combattants restés défendre la zone. David contre Goliath! 

Le camp fut en grande partie rasé durant cette opération par les tirs de roquettes, de missiles, les buldozers blindés pour permettre l'accès aux Merkava, les blindés israéliens... Et tout ceci, sous le commandement de Sharon, qui s'installa alors dans une maison palestinienne confisquée, dans la région. Voici un témoignage d'un pilote de bulldozer israélien, pour comprendre le problème, attention, ça choque : "I didn't see, with my own eyes, people dying under the blade of the D-9. and I didn't see house[s] falling down on live people. But if there were any, I wouldn't care at all." (Paru dans un journal Yediot Aharonot). 


Le bulldozer qui déconne pas



Le camp après l'opération de "défense"


La vieille ville de Jénine fut préservée en grande partie, l'accès aux chars étant impossible. En effet, celle-ci fut construite sur des ruines cananéennes, le char de 60 tonnes se seraient vite fait piéger par une faiblesse du sol.

C'est d'ailleurs par cette méthode que les combattants de Jénin Camp sont venus à bout de 8 chars  dans le camp de réfugiés : en creusant des trous, en les recouvrant, suffisamment pour laisser passer une voiture mais pas 60 tonnes.

On fait ensuite le tour de Jénine qui est étendue. La mère de Sameh nous invite à manger chez eux. On est reçu comme des rois ! Olives, poulets, un mélange super bon avec riz, cacahuètes, raisins secs, petits pois ; le tout revenu dans l'huile d'olive. En dessert, un délicieux gateau fait à partir de "Knafa", un bloc de filament de farine, lait, oeuf, qui se gorge de ce qu'on lui donne (miel, sucre, caramel, etc)...  Le cousin passe avec ses enfants, curieux de voir 3 paumés à Jénine, encore plus quand l'un d'eux vient de Barcelone (Ici, on est pour le Barça ou pour le Real...)! 


Pour clôturer la visite, ou se rend dans un village, où se trouve une des plus vieilles églises au monde, 1500 ans... Burqin Church (ou Saint-Georges Church). Ce serait le lieux ou Jésus guérit instantanément 10 lépreux en leur passant la main sur le visage. L'église se trouve dans une grotte et elle est entretenue par la communauté chrétienne du village ( 50% environ soit 6000 personnes).


On salut Sameh, qui reste pour la fin du week-end à Jénine et road to Nablus, en mode rally de Palestine avec le "service-Taxi".

A l'est, rien de nouveau

Coucou, à l'est rien de nouveau : j'ai fini le stage à l'hôpital Rafidia. Dimanche prochain, je changerai pour Al Watani, dans le service de médecine interne.

Le bilan de ce premier stage est mitigé. En effet, ne parlant pas l'arabe, je comprends pas grand chose à ce qui se passe si il n'y a pas un interprète ou un médecin parlant anglais. Très peu de patients parlent anglais. Du coup, pas d'interrogatoire possible et l'examen clinique est difficile et très peu informatif, les gens ne comprenant pas ce que je veux d'eux et il se résume à des "wajah on?" "Ici, ça fait mal?" sans grande assurance... Mais d'une façon général, l'examen clinique est très succinct, par culture de la pudeur... À ce propos, je n'ai pas fais beaucoup de photos...

Les différences de pratique avec la France sont assez importantes, surtout aux niveaux de l'asepsie, de l'anesthésie, et du respect des protocoles (autant de protocoles que de médecins...). Certains examens sont faits inutilement (la radio de pied pour entorse de cheville est systématique, etc..). Mais les habitudes semblent évoluer entre les vieux et les jeunes médecins...



Le service des urgences





J'arrête avec les critiques, voici les points positifs : les cas que l'on a sont intéressants. Une chose qui m'a choqué au niveau des pathologies : le nombre de diabète II et ces complications (car peu traitement peu suivi), le faible nombre de BPCO, alors qu'ici tout le monde fume (les hommes, bien-sûr!). J'ai pas eu d'explication jusqu'à maintenant... Les gens (personnel et patients) sont sympathiques avec moi et se marre de mon arabe de débutant, qui tourne autour de quelques mots dont mon préféré, berbich (Tuyau= utile pour dire artère, veine, perfusion, sonde urinaire, drain, voire tendon, ligament, en cas de coup dur!)  mais aussi dam (sang), rayahah (relax, gros gros succès), ana mabsut (je suis heureux, avec les variantes henta (tu), hewe(il), hiyi (elle)).



Meezo et Issam, mes profs d'arabe...

Du coup, mon stage est surtout un cours d'arabe improvisé, proposé par 2 infirmiers bénévoles et de sociologie, improvisé aussi, proposé par un jeune interne, qui a étudié au Portugal et parle espagnol. Et pour finir, une petite anecdote, 


Anecdote

Aujourd'hui, un papi de la campagne, un tantinet dur de la feuille, a débarqué aux urgences et a commencé à papoter avec moi... J'ai essayer de lui expliquer que je ne parlais pas arabe (ana mesh bahki arabi) mais j'avais peur de réveiller les patients qui dormaient 2 étages au dessus pour me faire entendre... 

Tout le monde autour souriait en regardant le papi charismatique, la visage tanné par le soleil, le keffieh (foulard rouge/noir et blanc, tenu par les 2 anneaux noir, en gros, celui d'Arafat) avec thop la tenue traditionnelle, la canne usée par le temps et les kilomètres, pas moins que ses genoux. Dans la même main où naît sa canne, un collier de perle, ou plutôt, un "". Il est en train de m'expliquer je ne sais trop quoi. Alors, il déplie un étui plastifié renfermant deux pochettes, l'une avec sa carte d'identité, et l'autre avec les portaits de ses deux héros : Yasser Arafat et Saddam Hussein, ici, très très populaire, il faut le savoir (En portrait à l'hôpital!). Il embrasse ses idoles et file un peu plus loin en boitillant, dandinant, et parlant à je ne sais pas trop qui... La classe...

Fin de l'anecdote


ciao...

lundi 6 juillet 2009

Le conflit israëlo-palestinien

Para los que leen el castellano, un enlace de mi compañero catalán...


ciao

Gazan-Gri-La!


Docteur Saed est un professeur de l'université An-Najah, il a écrit ce poème après l'invasion de Gaza en Janvier 2009. Gri-la, veut dire "mon paradis", si mes souvenirs sont bons. 

Gazan-gri-la!

My crime is premeditated Gaza
Punishable by hope
Lynched by a scope
of "Lost Horizons"…
Oh Gazan-gri-la:
My beloved paradise
Full of blood and fallen butterflies
All truths are nothings but lies
That is what Israel is saying to the world…
You must believe her for she is the only one who knows
F-16s are peace loving white doves
It is wrong to think of them as black crows
The one thousand bounds bombs
Are nothing but candy bars
And the mutilated bodies of children have no scars…
These are only engraves of ancient biblical names
Sacred to all
And we must memorize them good
Before we fall
Into our deep sleep
And dream of nothing but the glory of Eretz Israel…

Oh Gazan-gri-la:
My sweet sweet paradise
The nice smell of burned flesh
The juicy pieces of human shish kebab
Levni and Barak are having a dinner party tonight
Only the elite are invited: Sarkozy, Bush, Obama, and our blessed Mubarak…
The Security Council will keep the food warm
So no ceasefire till all the guests eat
And congratulate Israel for this wonderful treat…

By Saed J. Abu-Hijleh
Nablus, Palestine
Jan 7, 2009

dimanche 5 juillet 2009

Jéricho et la mer Morte


Jéricho

Depuis une semaine, je me suis fait quelques bons potes à Naplouse, notamment deux "internationaux" : Stacey et Enric.

Stacey est une canadienne de 21 ans et vit à Calgary, dans l'Alberta, prolongation du Mid-West des US dans les plaines du grand Nord. Elle étudie l'économie à McGuill, une université anglophone de Montréal. Elle a déjà passé un mois à Naplouse et parle un petit peu d'arabe.

Enric est mon coloc de chambre. Il a 27 ans et est originaire de Mallorca, comme Rafa Nadal (son cousin éloigné !). Il étudie la coopération internationale, spécialisé dans les pays en conflits armés (Basque, Nord-Irlandais, et Colombien tout spécialement). Il est donc un brin aventurier et a été en stage aux Philippines,  au Sahara occidental, en Colombie, en Irlande du Nord. Ici, il bosse pour une ONG catalane et installe une petite centrale de panneaux solaires dans un village reculé du sud est de la Palestine. L'objectif est de laisser au village une autonomie totale de gestion(finance et maintenance). Tous les deux, on s'arrange très bien et il m'apprend pas mal de choses sur la "géopolitique et l'histoire" de l'amérique latine, qui la passionne.



Stacey et Enric

Ce week-end, on a décidé de partir ensemble à Jéricho et de se baigner dans la mer morte. 

Interlude : Le week-end ici, c'est spécial : Vendredi est l'équivalent musulman du dimanche chrétien ; et le samedi est notre samedi. Initialement, leur samedi était le jeudi mais ils se sont calés par rapport aux Israéliens, qui ferme, eux le Samedi, et ceci pour des raisons économiques évidentes. Fin de l'interlude

Donc, on est parti Jeudi, en fin d'après-midi, dans un taxi-service, direction Jericho via Ramallah. Le taxi-service est ici le moyen de transport de référence entre les villes palestiniennes. Il ne part que lorsqu'il est rempli (un van de 8 places souvent) Pour quelques shekels, on peut rallier la ville voisine et reprendre un autre "service" pour la ville suivante. Le bus est délaissé parce qu'il passe moins facilement les Check-points israeliens qui coupent les routes entre deux villes voisines. Ce système de transport par étapes est donc relativement lent (Changement et Check-point) et faire un Naplouse-Jéricho nous a pris 2h30 pour 70km.

On arrive donc au couché du soleil à Jericho, réputée, à raison, pour la chaleur qu'il y fait en été. 

On trouve un hotel ou l'on a une chambre à 3 lits, chose inconcevable à Naplouse, réputée comme très conservatrice. Jericho parait d'emblée plus libre. De nombreuses échoppes vendent quelques bières, dont la Taybeh,nom du village chrétien où elle est brassée, signifiant aussi "délicieux" en palestinien. On se fait une joie de la goûter, accompagnés par un petit groupe de chrétiens et musulmans amusés, qui nous proposent aussi quelques verres de Araki, qui ressemble beaucoup à l'Ouzo grec ou au Rakki turc. On s'écarte du régime d'ascète de Nablus où les derniers bars vendant de l'alcool ont fermés suite à la 2ème intifada, et où la population c'est "recentrée" sur les valeurs religieuses, j'en parlerai plus longuement un jour. On sympathise donc avec le petit groupe qui nous propose donc ce Arraki, puis du fromage puis le Arraki "maison" . Après une longue inspiration, on "savoure" l'elixir, pas si mauvaise, ma foi, mais moins parfumé que celui de la production de l'église du coin... 

Le lendemain, on part à pied vers le Jéricho historique. En arrivant à l'arbre de Zacchée (et oui, lui-même). On retrouve les potes de la veille, qui discute (toujours!) à l'ombre d'un arbre. 


L'arbre de Zacchée


L'un de leurs potes, Abu Mike (Père Mike), absent hier, se propose de nous faire faire le tour de la région, et de nous amener aux différents endroits "historiques" qui sont relativement étalés dans la plaine du Jourdain. 



"La bombe" d'Abu Mike


On commence par monter difficilement vers le mont des tentations avec la voiture d'Abu Mike, une vieille Fiat de 1980. Abu Mike (Jean-Jean, tiens-toi prêt) est un musulman qui selon ses propres mots adore Jésus et la vierge Marie, qui l'ont toujours aidé quand il en avait besoin.

Là-haut, véritablement accroché à la falaise, se trouve le Monastère Karantal (Ou de la tentation) et dedans un moine orthodoxe, canadien, tout heureux de rencontrer une compatriote... Ils restent ensemble papoter de Hockey pendant une bonne demi-heure. Tout y passe, les grands joueurs, les grandes équipes, les statistiques mémorables, la critique du professionnalisme, la perte de certaines valeurs, la remise en cause de l'existence des prolongations, bref... Enrik et moi, on est un peu dépassé...


Le monastère, là-haut


Il nous montre quand même le monastère et la chapelle qui se trouve dans la grotte ou Jésus passa 40 jours de jeûne et fut tenté par le diable.


Panorama depuis le monastère


On retrouve notre charismatique Abu Mike qui nous a ramener des galettes, des oranges, des concombres et des dattes que produit son frère, pour le repas de midi. Les dattes servent à tout ici : régime spécial pour le dernier moi de grossesse et l'allaitement, pour "booster" le lait, mais aussi antalgique lors de la poussée des premières dents de lait (frotter la datte contre la gencive)...

On part ensuite patauger dans une source d'eau douce,qui est une ressource clé de la région, entourée de désert. 

Ensuite, on part vers le palais d'Hisham, construit au VIIIème siècle. Celui-ci est un calife, descendant de Mahommet et souhaite faire de ce palais, sa résidence de chasse en Hiver. Détruit par plusieurs séismes, il ne reste plus que des ruines mais aux gravures et mosaiques très bien conservés, ce qui témoigne du climat aride de la région.



Une des nombreux "reliefs" que l'on peut admirer, ici dans les vestiges de la Mosquée


On se rend chez le frère, dans le bureau de la fabrique de dattes, où les employés discutent, en savourant une datte, en fumant une cigarette Jamal (Palestinienne) et en buvant un café "turc" ou un thé. 


Le mur du bureau avec les différentes boites de dattes évoluant avec les années

Les employés viennent de différentes régions dont 2 d'un camp de réfugiés de la bande de Gaza. Sortir de ce "périmètre fermé" pour rester très politiquement correct, est le seul moyen d'avoir un travail.

On rentre et on passe la fin de l'après-midi à flâner dans Jéricho.


Ambiance mer morte...


Le lendemain, on part vers la mer Morte, la fameuse. Là-bas, il convient de faire LA photo du touriste avec au choix, le livre entre les mains, assis dans l'eau ou tout salit comme un benêt avec de la boue. On a cru bon de faire les deux...


La photo classique de la Mer Morte


On change d'authorité lorsqu'on est en mer morte et même si l'on est presque en plein milieu du territoire palestinien, on croise peut de plaques vertes marquées du P/ف.  Et le check-point n'est pas loin...

On doit payer pour rentrer sur une des plages privées qui borde cette mer.

On est donc sur une plage comme ça :


Enric il aime pas trop ça...

Les beattles, et la musique hippie en fond sonore...

C'est Shabat, donc de il y a de nombreux israéliens, mais aussi des touristes comme nous, des USA, espagnols, français, anglais, et même du Salvador.

Le sauveteur siffle les gens qui dépassent la limite de baignade... Un sauveteur ici, il doit pas avoir beaucoup de boulot, parce que faut franchement le vouloir pour se noyer ici... Il aurait mieux fait de mettre un ophtalmo parce que le sel attaque sévèrement les yeux lorsqu'on trempe un peu trop la tête.

On s'échappe en trouvant une faille dans la barrière, dépassée par la régression de la mer Morte (-1 mètre par an, entre autre du au pompage intensif en amont). 

Ce qui était un ponton il y a environ 20 ans se trouve aujourd'hui à 15 ou 20 mètres de haut, et 15 ou 20 mètres du bord...

On passe un petit bout de temps dans cette eau à 30% solide (Sodium, chlorure, potassium, brome, etc). 


Le sel a digéré les nombreux déchets parsemés sur la plage

Retour à Jéricho puis route sur Nablus. Fin de week-end.

mercredi 1 juillet 2009

Premier jour de stage : Dimanche 28 Juin

Il est 8 heures, après m'être planté de direction avec un taxi-service (taxi collectif à 1€), que tout le monde prend ici, j'arrive à l'hôpital de Rafidia et me présente au service des urgences chirurgicales...

On m'accueille avec un grand sourire et des "welcome", "enchanté", "bonjour", etc. Le chef de service est un homme d'environ 50 ans. Une sorte d'Eric Tabarly palestinien, Doktor Abd El Kareem, que tout le monde appelle Cheikh.Il en a vu en matière d'urgences, avec les deux intifadas. Il parle peu mais est très sympathique. Il a étudié en Allemagne et malheureusement parle peu d'anglais... D'ailleurs, peu de gens le parlent... Ainsi, la plupart du temps, les échanges se font par des mots, des gestes... Un peu juste pou mener un interrogatoire. Il ne me reste qu'à apprendre l'Arabe, rien de plus...

Un autre médecin, Doktor Khalid, qui vient d'achever son parcours de 8 ans d'études au Portugal, me prend "sous son aile". Il parle très bien espagnol, ce qui me fait franchement plaisir! Ici presque tous les médecins ont étudiés hors de la Palestine car les facultés existent depuis moins de 10 ans. Russie, Ukraine, Allemagne (du bloc soviétique de l'époque), mais aussi fréquemment Égypte, Algérie, France (Lille) et Portugal.

Il y a peu d'activité ce matin, ce qui est a priori assez inhabituel, alors on en profite pour prendre des cafés dans la boutique face à l'hôpital. Je rencontre un chirurgien qui a fait son parcours en Algérie et me parle en français. Il me fait visiter l'hôpital, le service de chirurgie plastique où il n'y a pas les mêmes patients qu'en France... Ici, on traite surtout les grands brûlés, car c'est le seul centre de toute la Palestine. On passe dans le service de chirurgie de femmes, celui des hommes, la réanimation, où se trouvent 4 lits. 

On redescend aux urgences et là... C'est le rush, tout arrive par vagues et c'est un grand bazar avec souvent trois ou quatre personnes qui accompagne un patient. Les gens ne sont pas agressifs malgré l'attente qu'on leur impose et leur douleur.

Beaucoup de patients viennent pour chutes. On reçoit notamment un jeune garçon  d'environ 14 ans, qui est tombé de 8 mètres. Il s'est cassé 3 côtes à droites ce qui a perforer sa plèvre : pneumothorax. Plus de peur que de mal car lorsqu'il est arrivé, porté par un de ces sacs de sable d'un mètre cube, il paraissait mal en point. Un bloc opératoire s'improvise dans un des box, séparé des autres par un rideau. Un des internes de chirurgie pose un drain. L'anesthésie locale est très locale... Quelques ml de lidocaine et c'est parti, sans attendre... Finalement, le patient à l'air de bien s'en tirer. On verra demain car l'asepsie était assez rudimentaire...

Ce fut le gros cas de la matinée qui se finit vers 14h30, sur les rotules. Retour  au centre ville, un laf shawarma (Kebab en galette) et c'est repartira...

Zfat


Safed

Petit dèj avec un gars du Mid-West, mormon, 78 ans. Il a décidé de quitter ses terres natales et la country music  pour voyager en Israël. Avec un accent de folie, il m'explique qu'il préfère ça  plutôt que de rester moisir sur une chaise dans une maison de retraite.



L'hotel où je loge, blindé de moustiques


L'autre participante à ce petit déjeuner internationale est une jeune juive de Tel-Aviv, qui vit ici à l'année et fait aussi office de gérante, le vieux patron paraissant un peu dément !!! (Il m'a demandé en tout 3 fois comment je m'appelais, si j'étais marié et si je fumais et d'où je venais). Elle se mariera lundi prochain à Roby, contre le gré de ses parents. Ces derniers l'ont renié car Roby a déjà divorcé, ce qui est  chose fréquente en Israël (1/3 couple apparemment). Sans ressource, ils étudient tous les deux à la Yeshiva, école de la Torah et sont rémunérés pour cela par l'État israélien.

Pris dans cette conversation, je manque le cours sur la Torah, dispensé gratuitement par "Ascent of Sefat". Un autre cours m'avait déjà été proposé, plus axé sur le mysticisme juif, spécialité de la ville que je détaillerai plus loin ou encore un prospectus toujours sur le thème du mysticisme, alors que je mangeais dans le parc... Ce genre d'initiatives est fréquente à Sefat, ce qui lui donne un parfum oscillant entre ville bohème, un peu hippie, et communauté de sectes que seule la participation à ce cours m'aurait aidé à juger.





En tout cas, Sefat, Zfat ou Safed possède un indéniable charme, qui se palpe lorsqu'on s'assoit en haut de sa colline ombragée qui offre une vue sur la vallée du Jourdain, et le lac de Tibériade, qui disparaît du panorama, dès les premières heures de soleil sous l'effet de l'évaporation. On y trouve une borne qui nous rappelle la riche histoire de cette ville.

Fondée en des temps anciens par Sem, fils de Noé, elle fut fortifiée en 1140, lors de la croisade menée par le fameux Godefroy de Bouillon, du fait de son emplacement stratégique, à l'entrée de la vallée du Jourdain elle dissuade les troupe de Damas de toute invasion de la Terre Sainte.

Mais la forteresse est vite assiégée et subit une série de construction suivie de destruction rythmée par l'alternance des régimes religieux juifs ou musulmans qui ont tout de même le dernier mot et y resteront jusqu'en 1948.

Ici, commence l'éloge de la résistance juive, qui face à la montée de tensions avec les musulmans qui proteste contre leur immigration massive refusent de monter dans les navettes d'évacuation proposées par le protectorat anglais de l'époque. S'en suit un remake de David contre Goliath à la sauce de cocktail Molotov où l'unité et la détermination aura raison du nombre...





Le quartier musulman est alors investit par des artistes et les mosquées par des galeries d'art, donnant aujourd'hui à cette ville cette ambiance dont je parlais plus haut, alternative, mystique, spirituelle, décalée, etc...

Il faut noter qu'il y a toujours eu une communauté juive à Zfat, qui est aussi le berceau du mysticisme Juif, la «Kabalah », codifiée dans la Zohar, un ouvrage ancien, d'origine incertaine, écrit soit au IIème soit au XVIème siècle ap JC. Ceci fait de Zfat une des 4 villes sacrées du Judaisme avec Hébron, Tibériade et Jérusalem. On y trouve les tombes de célèbres rabbins de l'histoire juive comme Ari, un des principaux rabbins qui étudia la kabalah dans l’ouvrage « Arbre de Vie », Rabbi Al Kabetz et Rabbi Caro. Ainsi, Zfat est le lieu on l'on étudie la Kabalah, qui ne s'apprend qu'après des études poussées du Talmud, à 40 ans passés, celle-ci ayant le pouvoir de faire perdre la tête au profane...